Drôle de fin d’année, entre angoisse et envies festives. On est partagé entre la prise de conscience impuissante de toutes les catastrophes produites par l’homme, dictateurs, terroristes, multinationales… la culpabilité de consommer, rigoler, manger, dormir au chaud quand d’autres n’ont plus de toit, et… le besoin de se défouler. Eh bien ce spectacle est peut-être le meilleur exutoire ces temps-ci à Paris. Il dégage la puissance de la colère mais aussi l’humour, politesse du désespoir. En plus, il n’oublie pas la sensualité, follement vivante, avec ces quatre beaux mecs sympathiques.
Imaginez quatre ouvriers en maillot, façon Marlon Brando, superbes, musclés, et marrants. Ils sont espagnols, débordent d’une énergie très contrôlée, et vous interprètent un concert de percussions saugrenues pendant une heure et demie.
Un morceau à la fin, pendant les rappels, public debout.
Un concert à l’énergie contagieuse
Au sous-sol de cet immense centre commercial Italie 2, métro Place d’Italie, c’est le paradoxe d’un show… fondé sur le recyclage et la débrouille. Un concert du pauvre qui pulvérise en quatre coups de casque les conventions de la performance. Avec leurs bouteilles en plastique, leurs parapluies en plastique, leurs ballons de basket, leurs bonbonnes, leurs enjoliveurs de bagnoles, leurs boites à outils… transformés en supports de batterie, les quatre virtuoses explosent le rapport artistes-public. Ils sont étourdissants de précision mais ils ne la ramènent pas, fraternisent avec les spectateurs, nous associent à leur talent, à leur colère.
Car l’intelligence du spectacle, c’est de dénoncer le scandale du gaspillage et des bonbonnes de gaz tout en se tapant sur les cuisses (entre autres supports). Le scénario est basique : censés travailler au milieu des ordures, Gorka Gonzalez, (aussi co-fondateur de la compagnie Trash), Bruno Alvez, Miguel Angel Parra et Franck Mark commencent par animer … des sacs poubelle noirs, ce poison qui vient polluer les océans et tuer les poissons. C’est subtil, insolite, d’une folle habileté poétique. Ensuite ça se déchaîne avec les objets les plus incongrus. Ils explorent à fond le potentiel sonore de la grande bouteille plastique que d’habitude on piétine pour tenter d’oublier sa matière toxique. Et c’est génial. Dans une synchronisation époustouflante, ils créent des sons différents, des mélodies même. On est émerveillés. Et très vite impliqués. Car, en bons latinos, ils vous forcent à sortir de votre réserve de spectateur, du genre « essayez c’est facile ! » Ils ne s’expriment que par onomatopées comme dans les spectacles de Mathilda May. Ils ne disent rien mais on comprend tout, à commencer par les enfants, explosés de rire. Attention, ça n’a rien d’un spectacle pour enfants, c’est militant, engagé et enragé.
A la fin, Gorka Gonzalez, co-fondateur de la compagnie Trash, s'essaie au français... avec un papier qu'il tient à l'envers ! (photos Nadji)
Trash, une troupe rodée, super-pro, mine de rien
Avec David Ottone et Jony Elias, (directeurs artistiques du show), le très beau et ténébreux Gorka Gonzalez n’est pas un débutant. Il a voulu dédier sa créativité à la musique du recyclage. Ainsi, il a dirigé une douzaine de spectacles musicaux avec des matériaux recyclés, touchant près d’un million de spectateurs. Pareil pour Ottone et Elias qui ont décroché des prix partout, Ottone pour le délirant Opera Locos passé par Paris, pour Arturo Brachetti avec qui il a collaboré. Elias est un fréquent collaborateur de La Hora de José Motta. Des références, donc, qui doivent crouler sous les propositions.
Bref , on peut y aller les yeux fermés, en couple, en solo ou en famille, chacun y trouve sa lecture. Et, promis-juré, un défoulement salutaire !
“Trash”
jusqu’au 28 janvier 2024
Au 13Art, Centre commercial Italie 2 - Place d’Italie - 75013 Paris
Sur-doués et perfectionnistes, en plus ils sont sympas. Et, infatigables, nous attendent à la sortie pour nous serrer la main ! (photos Nadji)
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