Non, il n’est pas devenu fou, Emmanuel. Il est fou… d’amour. Fou d’amour pour la France, « vous, mes chers compatriotes que j’aime tant ». Il est un amoureux éperdu qui voit sa femme regarder ailleurs, aguicher, se laisser charmer, voire carrément aller draguer sans vergogne. Et peu importent les prétendants ; la France, « sa » France ne le calcule même plus. Elle fait de l’œil à tout et n’importe qui : des types quelconques, sans charisme, sans envergure, ou alors de vieux tromblons qui la bluffent par leur culot, ou, pire d’autres mecs qui lui ressemblent à lui mais qui ont juste l’attrait du neuf. « Tu ne me m’aimes plus ? Tu ne me désires plus ? L’amour ensemble ne te fait plus grimper au plafond ? » Macron n’y croit pas. « Il y a quand même des moments où on est synchrones, où tu admires mon savoir-faire, ma vigueur, mon endurance. Je sais mieux que personne comment te flatter, t’exalter, te galvaniser, en un mot, te faire jouir, tu n’es pas d’accord ? Toi et moi, on ne forme pas le plus beau couple de la fête ? »
Evidemment, ça n’est pas tous les jours la fête. Il y a le quotidien. La vie à deux ça n’est pas toujours l’acmé.
Les maladies, les échecs, les accidents, les dangers, les ratages, les crises, les menaces, les amis qui te trahissent et les enfants qui se rebellent… « Toutes ces épreuves cisaillent notre belle harmonie ; mais on est plus fort que ça, toi et moi, non ? Tu dis non ? »
« Va refaire ta vie avec ce baltringue ! »
La France lui a dit non. Tout ce qu’elle aimait en lui, son bel amant fringant, elle ne le supporte plus.
Voilà pourquoi Macron le fougueux décide le tout pour le tout : « Tu ne m’aimes plus ? Tu ne sais plus où tu en es ? Tu ne veux pas m’écouter ? Va t’en. Va refaire ta vie avec ce baltringue. Tu comprendras ta douleur ».
Peut-être qu’elle a besoin de ça, la France lassée, paresseuse, bornée, entêtée. Besoin de se frotter à d’autres mâles (d’autres maux ?) pour mûrir, grandir, perdre ses naïvetés.
Macron vexé : « Va z’y, pars. Essaie avec lui, tu vas t’en mordre les doigts. Il te promet monts et merveilles, te fait miroiter des voyages idylliques, loin des affres du quotidien ?… Ma pauvre fille crédule. Te voilà prête à tout gober pour une part de rêve… C’est ta faiblesse depuis toujours, ce désir de flamboyance et de langueur, cette nostalgie romantique. Tu n’es jamais plus belle que quand tu y crois. Chimères ! Attends le réveil ; ton sex-appeal aura pris dix ans. Et tu auras perdu l’essentiel : tes charmes, ta fortune, ton énergie. Je dis ça, je dis rien. »
Enervé, inquiet, le mari mortifié. Mais stratège. « Va rejoindre tes oiseaux maléfiques. Tu reviendras en courant. Mais je ne serai plus là. D’autres te feront payer tes conneries. »
Elle va peut-être avoir un sursaut, sa belle. Réfléchir. Puiser dans son vieux fond de clairvoyance et de connaissances. En deux mots, elle va peut-être revenir. Et son Macron, Monsieur je sais tout, il va peut-être corriger ses défauts : orgueil, dédain, vanité. Ou pas.
Dans un couple, une crise, ça passe ou ça casse.
Catherine Schwaab
