Fringues, maquillage A mon âge ?

Pendant ces fêtes 2024 et toute l'année, bien obligée de constater que ce sont les seniors qui montrent l'exemple de l'originalité vestimentaire, maquillage, et... allure. Pas question de virer passe-muraille parce qu'on a franchi les 50, 60 ou 70.

Parmi les seniors, il y a les anciennes et les modernes. Celles qui trouvent que « ça n’est plus de mon âge », et qui le proclament avec une pointe de condescendance envers leurs congénères canailles qui ne sont pas de cet avis. Aller danser, se lâcher, se déchirer, porter court la jupe, mettre des cuissardes… se maquiller trop. Trop ? Je vois d’ici la réprobation dans l’œil des expertes. A commencer par Inès de la Fressange, son quiet luxury et son basique Uniqlo. Bon, elle n’a pas besoin de se poser la question de son âge, Inès, vu qu’elle ne change pas. Au « naturel » elle est déjà glamour. Et toujours souriante, même quand elle a envie de pleurer.

Inès de la Fressange, le chic désinvolte…

… qui n’oublie jamais de sourire ! Le secret.

L’âge et le glamour

Isabella Rosselini, libre !

Juliette Binoche, sereine.

Mais les autres ? celles qui accusent quelques kilos en plus, par exemple, comme… Isabella Rosselini, Catherine Deneuve, Meryl Streep, Juliane Moore, Carole Bouquet, Juliette Binoche, Monica Bellucci … Comment gérer sa fracassante beauté une fois la soixantaine venue, et ses quelques bourrelets ?

On peut l’afficher radical comme Simone Signoret qui a déporté son investissement artistique sur son intelligence et son charisme. A l’inverse, on peut, comme Madonna jeter ses feux (pas les derniers !) à coups de provocations, d’opérations, de maquillage, de toy-boys, d’infernal entraînement de gym…

Raser les murs après 60, 70, 80 ans ?!

Madonna aujourd’hui

1961 : Simone Signoret, 40 ans, Marilyn, 34 ans et Montand, 40 ans

Arrive un moment où, oui, on se pose la question ; devant son placard : je garde cette « petite » Courrèges (qui me remonte au-dessus du genou) ? L’armoire à chaussures :  je donne ces Louboutin de 12 ? La salle de bain : je garde mon rouge à lèvres flamboyant ? mon sublime fard bleu-violet ? mes faux-cils ?  Inès vous dirait : tu jettes. Madonna, non. Sans aller jusqu’à ses racolages hyper-sexy show-biz oblige, rien ne t’oblige à raser les murs après 60, 70, 80…

Oser le maquillage, les couleurs, le lipstick

Mais soyons justes, il faut une certaine audace pour continuer à imposer, 20, 30, 40 ans plus tard, les atours de la jeunesse. Fond de teint, eye-liner, ombre à paupières, blush et lipstick… Elle exagère ?  Il y a, entre celles qui se rangent et celles qui continuent de pratiquer le « make-up », une différence de « mental ». Comme les athlètes, ces refuzniks ne lâchent rien. « Il ne sera pas dit que, moi vivante, je me convertirai à la sobriété, au classicisme, à la discrétion », bref, à la maturité conventionnelle. Genre jupe midi, cachemire beige et teint « nature ». Pas question d’abolir le rouge Baiser. D’ailleurs même très âgée, Coco Chanel n’oubliait jamais son lipstick farouchement saturé. Et question fringues, c’est Azzedine Alaïa qui balayait les doutes de ses clientes insecure quand elles murmuraient que « cette longueur, cette cambrure, est-ce bien de mon âge ? ». Furieux mais royal : « C’est justement parce que tu as ton âge que tu t’en fous ! »  

Coco Chanel

Aux seniors de montrer la voie !

Iris Apfel morte en mars 2024 à 103 ans…

… et les poupées modèles, à son effigie !

Dans une soirée, je constate que contrairement aux trentenaires-quarantenaires qui se ressemblent toutes – jean, petit pull ou chemise blanche, cheveux lâchés, chainette (s) autour du cou, baskets (ou escarpin à petit talon, ok) maquillage rapide - eh bien, du côté des seniors, la diversité esthétique est au pouvoir. L’allure est réfléchie : vraies coiffures, couleurs, bijoux, tenue originale (tiens, une robe !), maquillage appuyé… Elles dégagent une personnalité affirmée, différenciée, audacieuse, avec une prime à celles qui sortent le grand jeu.

Car si autrefois, une femme « sur-habillée » faisait ringard (on se moquait des Italiennes en fourrure, souvenons-nous), l’ambiance a changé : il y a chez les jeunes et les moyennement jeunes comme une timidité à oser. A tant vouloir correspondre à la « Parisienne chic », on en devient ennuyeuses. Aux seniors de montrer la voie. Elles ont l’expérience, elles y vont franco dans un dîner, un vernissage, une soirée. Tu m’invites, je montre que je suis contente en travaillant mon look. Et au passage, je t’informe que je ne démissionne pas.  

Catherine Schwaab

DANS L'OEIL DE CATHERINE SCHWAAB

Par Catherine Schwaab

JOURNALISTE MULTI CARTE Paris Match

Fashion Mode d’emploi (Flammarion)

Sciences Po - HEI Genève

Théâtre. Expos. Sorties. Restos. Toutes les tendances.

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