Est-ce l’air des montagnes valaisannes ? ou encore un avatar du covid ? Dans un scoop incroyable - aussitôt repris par tous les journaux -, l’hebdomadaire suisse Blick révèle qu’un des plus gros héritiers d’Hermès aurait décidé d’adopter son homme à tout faire pour lui léguer sa fortune. Affolement général
Hermès ? La si chic maison de maroquinerie et sellerie du Faubourg St Honoré ? Cette griffe discrète habillant les happy few qui détestent faire étalage de leurs richesses ? Eh bien oui… L’héritier est Nicolas Puech, petit-fils du fondateur, un monsieur de 80 ans riche à millions. Milliards ? Le chiffre d’affaires d’Hermès a atteint quelque 12 milliards en 2023. Et le résultat net (les bénéfices) tourne autour de 3,2 milliards. Ca donne une idée de l’héritage. Vertigineux.
Pour l’employé de longue date, c’est une sacrée success story. Leur relation date de l’époque où « Monsieur Hermès » vivait en Espagne et avait embauché ce jeune homme, analphabète mais beau et gentil. Ils ont eu ensemble une relation amoureuse. Puis le domestique a rencontré sa future épouse, tzigane… et a demandé à son amant de l’embaucher, elle, comme femme de ménage. Ce que le maître amoureux accepte à contre-cœur. Il se voyait finir ses jours en couple avec Abdel, à la fois Pygmalion et bailleur de fonds. Tranquille.
Mais tout bien pesé, il valait mieux se montrer ouvert et garder auprès de lui cet homme qu’il aime. A sa surprise, Nicolas Puech se prend d’amitié pour la jeune compagne. Toutefois, il n’en est pas encore à coucher le couple sur son testament, même s’il a des largesses et donne sa confiance. Depuis 2011, comme il est célibataire et sans enfants, il a légué juridiquement sa fortune à une fondation : « Isocrate » finance des projets qui luttent contre la désinformation à travers des ONG soutenant le journalisme. Abdel et sa femme ne sont pas journalistes, juste très bons diplomates.
Quand « Monsieur Hermès » déménage d’Espagne en Suisse, dans son chalet du Val Ferret, jolie vallée valaisanne où l’air est plus respirable que dans l’étouffante Andalousie, bien sûr, il embarque avec lui son personnel. Est-ce l’ambiance égalitaire helvétique ? Abdel et son épouse sont devenus pour lui des compagnons de vie tout en assurant l’intendance. Le confinement du covid sera leur consécration.
Les avocats de Nicolas Puech se demandent si le virus du corona a entamé les facultés intellectuelles de leur client. Sa décision de chambouler le « pacte successoral » est un coup de tonnerre. Affolement dans les trois familles héritières de la griffe (Puech, Dumas, Guerrand). Il y a en jeu quelque 10 milliards d’actions. Le prix de la sollicitude de ces deux employés-amis indéfectibles ? Enfin, maintenant ils sont quatre, le couple ayant eu deux enfants. Et quelle riche idée ils viennent d’avoir, les chers domestiques ? Se faire adopter par le vieux ! Comme s’ils n’avaient pas suffisamment amassé de biens et de prospérité pour leur avenir : leur patron leur aurait fait pour quelque 60 millions de cadeaux, argent, biens mobiliers et immobiliers. Par exemple une belle villa de 4,7 millions de francs suisses à Montreux et un riad à Marrakech. Et je ne parle pas de sa carte bleue perso…
Inutile de dire que, entre Paris et la douceur valaisanne, les gestionnaires et les avocats se mobilisent. Le but est évidemment de faire constater l’abus de faiblesse.
L’affaire rappelle d’autres cas : Gina Lollobridgida, son jardinier et sa femme ; Madame Bettencourt héritière de L’Oréal, Madeleine Castaing, antiquaire et mécène, toutes deux tombées sous le charme du photographe François-Marie Banier ; Alain Delon et sa « gouvernante » japonaise. L’emprise… Joseph Losey en avait fait un film virtuose et inquiétant en 1963, « The Servant » où une relation sado-maso s’installait entre Dirk Bogarde (le valet) et James Fox (le maître). Là, on n’est pas loin du scénario d’épouvante.
Question de points de vue. Merveilleux conte de fées ou sombre relation dominant-dominé. Le « couple diabolique » originellement très pauvre, a réussi une formidable ascension, se rendant visiblement indispensable à Nicolas Puech au fil du temps. Avec eux, la communication est bien plus directe que dans les trois familles Hermès qui n’ont jamais brillé par l’harmonie. Souvenons-nous du branlebas de combat quand le PDG de LVMH a commencé à capter des actions pour entrer dans ce groupe qu’il rêve de contrôler. Tout se paie, les héritiers le savent. Et là, peut-être que pour une fois, la férocité de leur assaillant Bernard Arnault va les aider à raisonner Nicolas, ce vieil enfant terrible de 80 ans…
Catherine Schwaab
Lisez l’excellent article de Antoine Hürlimann et Michel Jeanneret dans Blick
Sur https://www.blick.ch/fr/news/suisse/coup-de-tonnerre-en-valais-lheritier-dhermes-voudrait-adopter-son-amant-dont-il-serait-sous-linfluence-id19246784.html
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