Dans ce 16ème arrondissement bourgeois de Paris, un ravissant hôtel particulier rappelle subtilement le raffinement à la française. Ces temps-ci, on y découvre une expo de Berth Morisot, cette première femme peintre admise chez les Impressionnistes. Une visite instructive, chic et poétique.
S’il est un lieu qui rappelle vraiment notre côté vieille France, c’est bien le quartier de la Muette dans le 16 ème arrondissement de Paris. Jolis magasins, bons traiteurs, divines boulangeries-pâtisseries, restaurants discrètement chics… Ambiance entre-soi, un rien hautaine. Pas d’erreur, on évolue au cœur de la bourgeoisie parisienne. Et au métro La Muette, précisément, le musée Marmottan parachève cette impression de luxe, calme et volupté.
Le musée côté jardin. On y entre par l'autre côté, plus discret, la rue Louis Boilly qui donne dans l'avenue Raphaël.
Ce fut un grand pavillon de chasse ayant appartenu au Duc de Valmy (mort en 1868), vendu à Jules Marmottan. Un hôtel particulier comme on les aime, - un peu comme Jacquemart-André ou Camondo, où l’on « voit » vivre ses résidents - ni trop grand, ni tapageur, harmonieux. Marbre, boiseries, bel escalier et volumes parfaits. On se voit très bien vivre et recevoir derrière ses hautes fenêtres donnant sur le parc et l’avenue Gabriel. Charmant. Très riche aussi : au fil de ses propriétaires et des donations, sa collection est devenue un passage obligé si l’on veut comprendre Monet et les impressionnistes.
Le rez de chaussée donnant sur les salons et la salle à manger
Le salle à manger où chaque meuble, chaque tableau sont signés
Jules Marmottan n’était pas un Parisien mais un homme du Nord-Pas-de-Calais qui a fait fortune grâce aux corons, à l’énergie, aux transports. Rien d’un dandy. Mais c’est un authentique amateur d’art qui, comme aujourd’hui Arnault ou Pinault, se fait conseiller par des experts et des galeristes. L’industriel réunit d’abord une quarantaine de peintures de primitifs italiens, flamands et allemands. Il aime la Renaissance. A sa mort – à 53 ans – son fils unique lâche ses perspectives d’une carrière de haut-fonctionnaire pour s’adonner entièrement à l’Histoire de l’Art et à sa collection. Il étudie, écrit des livres sur le style Empire. Avec ce que lui a légué son père, et sans enfants, il a largement de quoi se cultiver et profiter de la vie. Profiter, façon de parler. En amour, le pauvre n’a pas la baraka : il divorce de Gabrielle Rheims (la famille de Maurice Rheims) après 9 ans de mariage, puis voit mourir celle qu’il devait épouser en secondes noces. Il aura beau rester un parti très convoité Paul Marmottan va mener une existence solitaire, entièrement dédiée à sa vaste demeure et à ses collections.
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