Daria Werbowy, muse (et un peu sosie) de Phoebe Philo, porte le fameux pantalon aux jambes zippées jusqu'aux fesses, épuisé.
Le monde de la mode est en ébullition. Vous me direz : un rien les met en émoi, ces divas hors-sol. Pas faux. Mais là, franchement, il y a un sujet comme on dit dans la presse : Pheobe Philo revient. Prononcez « fibi filo ». C’est une Anglaise, styliste de son métier, et que certains/certaines comparent à Coco Chanel, tellement elle a révolutionné le chic et la féminité. Oui, Chanel a déstructuré la garde-robe féminine alors très compassée, utilisé le tweed, tissu éminemment masculin, imposé le pantalon. Pheobe a elle aussi œuvré vers plus de décontraction, sans pour autant sacrifier le chic. D’abord chez Chloé (de 1997 à 2008) puis chez Céline (de 2008 à 2018), elle a imprimé en douceur une patte très reconnaissable. Enfin, pour un œil averti : ses caractéristiques tiennent à un rien, le tombé d’un tissu, les matières pures, chères et travaillées, les finitions subtiles, l’oversize, l’anti-sexy. Surtout l’anti-sexy. Aux antipodes du populo anglais. Le côté racoleur-cheap des fêtardes britanniques est un style : mini-jupes stretch sur cuisses nues en plein hiver, décolletés affolants, couleurs bizarres… Bref, tout le contraire de «Phoebe » ! Mais ce ne sont pas ses clientes. Ces joyeux piliers de pub ne feront jamais la différence entre un cachemire et un polyester. Et passé minuit à Whitechapel, au Blind Beggar Pub ou au Good Samaritan, soie ou nylon, tous les chats sont gris. Pas de ça chez Phoebe. Elle a eu sa période bamboche il y a 25 ans, quand elle assistait Stella Mc Cartney, avec mini-robes et ongles à paillettes. Mais à 50 ans, mariée à un marchand d’art Max Wigram, avec trois enfants, c’est une quinquagénaire posée, raffinée, discrète, et qui a des choses à dire en matière de « fashion ».
Phoebe-Jackpot
Une tenue typique du style Phoebe Philo : cachemire immaculé et pantalon oversize
Dès l’annonce de son retour – après six ans d’absence, une éternité ! – un compte Instagram a été crée avec … zéro publications mais 361 000 followers ! C’est autant que l’autre compte, « oldceline » (l’ancien Céline, du temps où elle oeuvrait au studio de 2010 à 2018), où l’on poste et pleure de nostalgie en admirant les collectors qu’elle avait dessinés. Il faut dire que sous sa discrétion qui ne parle d’argent, cette styliste a le don de multiplier les bénéfices : de 200 millions d’euros à son arrivée chez Chloé en 1997 à 700 millions à son départ en 2008. Et pareil chez Céline.
Vous comprenez mieux la folie engendrée par l’annonce de son retour aux affaires ? Elle est épaulée par LVMH, actionnaire « minoritaire » de sa boîte. Minoritaire, l’adjectif est important ! Quand on connaît la puissance du marketing dans le groupe, on se dit que Bernard Arnault devait avoir une grosse envie de Pheobe Philo pour accepter de modérer son pouvoir économique devant ce petit poisson prometteur.
Voyage de presse élitiste, et prix aussi !
Robe en cuir nappa et zips. Sobre, moderne, et cher.
Le détail qui change tout : la parka en cuir toute simple, mais avec une taille basse froncée.
En revanche, le teasing publicitaire marche à fond : le service de presse de la nouvelle maison a organisé en grand secret un voyage éclair en Angleterre pour une poignée de chroniqueuses méticuleusement sélectionnées. Elles ont pu voir et toucher ce qu’elles appellent un « vestiaire cérébral ». Un terme intello pour excuser les prix stratosphériques des modèles ? 13.000 euros pour un manteau en « shearling, » (du mouton retourné). C’est cher mais c’est du « quiet luxury ». Du luxe tranquille, par opposition au luxe hystérique et tapageur à gros logo. Phoebe Philo Studio, c’est un investissement qui dure une vie ! Voilà son créneau. Allez sur son site de vente en ligne : à peine proposées, les plus belles pièces sont déjà épuisées. Chemises, pantalons, pulls, tuniques… « sold out » ! Aux dernières nouvelles il restait une petite écharpe en jersey transparent : 1200 euros. A moins de préférer les ultimes cabas en cuir italien à 6800. Luxe, calme et volupté. Et rareté.
De la soie ivoire au tombé parfait pour des clientes qui envoient tout au pressing
Faussement décontracté, l'ensemble cargo-veste militaire ... en soie.
Phoebe-Addiction
A ces prix, elle peut se permettre de nous donner un bon conseil : « Achetez moins mais mieux ! » A d’autres ! On se battrait jusqu’au sang, jusqu’à l’insomnie pour arracher une pièce ! Chez les « Philo-philes », le « quiet luxury » n’a rien de « quiet » : c’est une frénésie irrationnelle de collectionneuse. La Phoebe-addiction. Quitte à avoir l’air d’un rase-motte dans ton (trop) large pantalon qui flotte autour du corps et traîne sous la chaussure, rien n’égale la sensation indicible de porter sur soi la pièce que tu as tant attendue, et que tout le monde convoite. Dans sa belle maison de Brondesbury au nord de Londres, elle doit soupirer, Phoebe : pourvu que Phoebe Philo ne devienne pas Phobie rageuse.
Phoebe Philo a popularisé entre autres "allures" : les cheveux glissés dans le col roulé.
