L’histoire : un cinéaste se lance dans le tournage de son film social qui raconte le combat perdu des ouvriers pour sauver leur usine. Il fait gris, froid, pluvieux. Et soudain, ces premières scènes vous prennent aux tripes et vous jettent dans la mêlée. Une sacrée mêlée, en vérité car on est dedans et dehors du plateau. Dans le film qu’on tourne d’une part, et dans les emmerdes de la réalisation d’autre part. Egocentrisme, rentabilité, sensibilités à vif… la construction d’un film, c’est une vie, un monde.
Que se passe-t-il sur un tournage ?
Le spectateur se retrouve non seulement saisi par le réalisme des réunions syndicales filmées « vrai », mais, en sortant du « plateau », on se prend dans la figure l’entêtement du réalisateur, intransigeant et paradoxal qui ne veut pas changer sa fin et compromet le financement, voire le succès du film ; Denis Podalydès est éblouissant d’angoisses, de parano et d’intelligence. Sa productrice exécutive et son producteur se battent pour payer les salaires de l’équipe et boucler le budget, surtout elle, Emmanuelle Bercot virtuose d’intégrité et de persévérance. Ca sent son vécu ! Xavier Beauvois, lui, est un champion de l’embrouille flamboyante. On rit souvent. Rien que pour ces trois-là, on est bluffé.
Ensuite il y a la star du « film » : Jonathan Cohen, qu’on a rarement vu dans une telle maîtrise de son personnage. Mégalo mais insecure et insupportable, charismatique, drôle et généreux. Il force l’admiration. Face à lui, la jeune débutante doit la fermer… pas pour longtemps. L’occasion pour Souheila Yacoub de quelques solos magnifiques face à Stefan Crepon, présence discrète , décalée, capable de pulsions explosives.
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