Samuel Uson, 25 ans, un jeune poète en 2024

La poésie est à la mode. Elle traverse les générations. Au-delà de Verlaine, Rimbaud, Musset, Noailles,... aujourd’hui, c’est le slam, le rap, des dizaines de jeunes auteurs… et SAMUEL USON-MAZAUDIER, un jeune parolier et historien originaire de Vézénobres dans le Gard. Une personnalité contrastée : grand romantique, direct et très drôle !

Samuel Uson-Mazaudier, auteur de "Chimères" , auto-édition hybride Clin d'OeilSamuel Uson-Mazaudier, auteur de "Chimères" , auto-édition hybride Clin d'Oeil

Il a 25 ans et il publie un livre de poèmes, “Chimères”. Des textes magnifiques, expressifs, rythmés, rimés, au sens très élaboré, et qui révèlent un talent indiscutable. Et un romantisme absolu. Souffrances, passion, émotion, amours, beautés, désespoirs. Attention, rien de lyrique dans les écrits de Samuel Uson-Mazaudier : le langage est vif, raffiné, précis, mais pas tarabiscoté. Il va droit au but avec les mots justes, les mots-sons, les mots-images.

Dans la vie, c’est un garçon joyeux, rapide, drôle, plein de charme, à la culture phénoménale. Il connaît l’Histoire de France comme l’histoire du show biz, il a fait sa thèse de doctorat sur le phénomène Sheila, lit les « Lettres à un jeune poète » et connaît les ultimes créateurs de mode, apprécie le cinéma d’auteur autant que les séries B ou C. Interviewé lors de nombreuses rencontres en librairie, il possède une facilité d’élocution naturelle, il est limpide, n’étale pas sa science, répond avec humour, laisse affleurer le doute. Un personnage terriblement attachant.

L'auteur Samuel Uson dédicace pour ses fans à la librairie EXC à Paris, passage Molière, face à la Maison de la Poésie.L'auteur Samuel Uson dédicace pour ses fans à la librairie EXC à Paris, passage Molière, face à la Maison de la Poésie.

-              Vos poèmes ont une musicalité, ils pourraient être des chansons…

-              Oui, c’est ainsi qu’ils sont nés : je devais écrire des chansons pour une artiste… qui est décédée. J’ai continué. Et j’ai envoyé mes textes aux maisons d’édition, Gallimard, Stock, Seghers…

-              Comment ont réagi les éditeurs ?

-              Ils m’ont tous répondu que c’était très bien mais que la poésie ne se vend pas. Robert Badinter, Amélie Nothomb et Barbara Pravi m’ont aussi répondu qu’ils aimaient beaucoup. Mais c’est Amélie qui m’a encouragé : « ça ne se vend pas, alors foncez ! »

-              Alors vous vous êtes édité vous-même…

-              Oui, j’ai tout fait : maquette, imprimerie, distribution, promotion… Je travaillais le lundi dans un magasin de chaussures pour payer les factures… que j’ai appris à négocier ! J’ai fait les colis, les enveloppes, déposé mes livres partout, envoyé les mails aux libraires, aux médias, relancé… Ce fut épuisant. Je ne le referais plus.

-              N’empêche, vous avez du succès : dans les rencontres en librairie, à Paris, en province, dans le Gard de vos origines, les jeunes viennent par dizaines, vous drainez une clientèle qui n’a pas l’habitude d’acheter des livres

-              C’est le bouche-à-oreille. Et pourtant certains libraires qui m’accueillent n’y croient pas eux-mêmes ! Je suis jeune, inconnu, «trop intello »… Ensuite, devant l’affluence, ils sont tout étonnés ! J ’ai « fait » dix rencontres en un mois ! J’ai vendu près de 2000 livres !

-              Vos textes révèlent une souffrance…

-              Ce fut le moteur de mon écriture. Je me sens inadapté dans cette société qui cherche à nous catégoriser. Et c’est douloureux.

-              Vous vous sentez incompris ?

-              Oui, très seul. Peu de gens comprennent que l’on peut être multiple. J’en ai souffert toute ma vie. Me maquiller, avoir des cheveux longs et être un homme, ça a engendré des agressions verbales, physiques, je me suis pris des tessons de bouteille. On me demande si je suis gay, si je suis trans, si je suis trav’… Ca m’agace. Je suis moi, sans étiquette. Un homme sans les stéréotypes qui s’y rattachent. Ca n’est pas une posture, c’est ma nature. J’impose mon style androgyne et je ne parle pas de ma sexualité. Ce qui ne m’empêche pas de soutenir toutes les fiertés : gay, LGBT, Sidaction, etc

A la présentation des chapeaux Tony Peto, 56 rue Tiquetonne à ParisA la présentation des chapeaux Tony Peto, 56 rue Tiquetonne à Paris

-              Vous êtes aussi un intello qui aime la mode

-              Oui, je donne des cours d’Histoire culturelle à des étudiants  EHESS  (Ecole des hautes études en sciences sociales) et Sciences Po et j’assiste aux défilés sur lesquels je rédige des chroniques. Je suis payé en cadeaux et en invitations. Je préfèrerais être embauché comme parolier ou journaliste.

-              Vous entretenez frénétiquement vos réseaux sociaux ?

-              Je m’y efforce : entre Facebook, Instagram, TikTok… j’ai quelque 50'000 followers. Et un fort taux d’engagement.  Au total 250'000 « impressions ». Je poste des photos « professionnelles » mais je ne mets pas de photos privées. Je ne pratique pas la « transparence ». Ce qui est intime doit rester intime.

-              Vous semblez plutôt sûr de vous, mais aussi dans le doute…

-              Je doute constamment, j’ai un manque de confiance en moi. Mais je crois que c’est ce qui me fait avancer. J’accepte mes erreurs

-              Dans votre village de Vézénobres votre style devait détoner. Votre famille vous soutenait ?  

-              Inconditionnellement ! Mes parents, mes grands-parents adorés et ma tante à qui j’ai dédié mon poème Coquelicot. Ils sont mon ancrage.

-               Vous assurez vous-même votre « service de presse »

-              Oui, obligé ! Par exemple, je suis allé remettre en personne mon livre à Augustin Trapenard après son émission.  Il a eu l’air surpris. Mais je ne me suis pas incrusté ! Je n’aime pas les lourds qui insistent.

 

Catherine Schwaab

DANS L'OEIL DE CATHERINE SCHWAAB

Par Catherine Schwaab

JOURNALISTE MULTI CARTE Paris Match

Fashion Mode d’emploi (Flammarion)

Sciences Po - HEI Genève

Théâtre. Expos. Sorties. Restos. Toutes les tendances.

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