Ces Français sont décidément imprévisibles. Un monument de contradictions. Si j’essaie de me souvenir, je ne rêve pas, j’ai bien entendu aux six coins de l’Hexagone des rouspéteurs de tous poils railler, critiquer, vomir ces jeux olympiques, cette « fanfaronnade hors de prix », et se moquer bruyamment du parcours de la flamme, « ridicule », « réac », « débile »… Bon, là, c’étaient des vieux ronchons ou des militants de Saccage ou de Extinction-Rebellion… pour lesquels tous les prétextes sont bons pour foutre le bordel et faire parle d’eux. Mais, sondages Odoxa à l’appui, le moins qu’on puisse dire, c’est que ces JO ne déclenchaient pas la flamme du supporter, au contraire. Trop chers, trop d’embouteillages, trop de perturbations commerciales, trop de dangers sécuritaires, bref, peu de retombées pour le prix à payer…
Les 6366 chantiers engendrés par la manifestation en France faisaient rugir les Français qui auraient préféré rester bien tranquilles dans leurs habitudes. En plus, pas branchés sport pour un sou, cela on le sait depuis toujours. A part le foot, et encore, quand on gagne.
Des ailes de fierté nationale même chez. les plus blasés
Or il a suffi d’un démarrage à Marseille pour que tout le monde se lève pour Danone. Il faut dire que toutes les chaînes de télé s’y sont mises, des directs et des plans panoramiques, avec l’emphase, le lyrisme des commentateurs impressionnés, contaminés par la bonne humeur marseillaise. En une minute, en regardant la patrouille de France rayer le ciel de ses fumées bleu blanc rouge, même les Parisiens, ces blasés râleurs, se sont senti pousser des ailes de fierté nationale.
Etait-ce le phénomène d’entraînement des directs rediffusés non-stop qui ont envahi ce jour férié du 8 mai ? Ou est-ce que soudain, en regardant les enfants exaltés, les Marseillais emballés, les commentateurs extatiques, eh bien, ces diables de Français ont chopé le virus ?
Zidane regrette, c’est sûr !
Et pourtant ils auraient pu marquer leur mauvaise humeur quand on a vu que, non, contrairement aux rumeurs, Zidane ne va pas allumer le chaudron. Lequel Zidane, au vu de la liesse, a dû bien regretter d’avoir snobé la manifestation. Il était encore à Miami le 4 mai pour voir le Grand Prix de Formule 1 et distribuer les trophées. Malgré ses prestigieux compagnons de réjouissances, Ed Sheeran, Taylor Swift, Elon Musk… , il a dû avoir un petit pincement de remord. A sa place, un jeune rapper, Jul.
Jul ? Pardon mais autour de moi, on a hésité un moment entre le boulanger ou la marque de prêt à porter. Ignares. Jul est une des plus grosses vedettes de rap. Ca aurait pu être mon voisin, ou le perdant de top chef, l’allégresse aurait été la même. Jul c’était nous !
La France déjà championne du monde !
Bref, cet allumage de flamme nous aura bien animé le 8 mai. Question à trois médailles d’or : est-ce que la fièvre va tenir au fil des 400 communes de France qui vont la célébrer ? Je parie que oui car dans la glauque conjoncture ambiante, toutes les rédactions du monde vont envoyer des reporters dans les villages. Un peu de soleil dans l’eau froide.
Grâce à sa légendaire diversité, la France aura déjà gagné le top du podium : des montagnes aux vallées, des cathédrales du Moyen Age aux monuments culturels, du Mont St Michel à Kourou, du gratin dauphinois aux coquilles St Jacques… Au champagne, au crémant ou au Bourgogne, on fêtera l’inégalable art de vivre à la française ! Qui ne meurt jamais. Alors que les médailles sportives ne durent que le temps de l’hymne national…
En matière de célébrités, malgré le dédain parisien affiché, gageons que les stars comme les intellos vont vouloir en être. On sait que parmi les relayeurs de la flamme il y aura Djamel, Bruel, Pesquet, Papin, Capuçon, Michalik (le metteur en scène), Lorphelin (miss France devenue médecin), Arbelaez (le chef cuisinier)… D’ici qu’on voie les icônes Deneuve, Adjani et Huppert, il n’y a qu’un pas, frémissant de patriotisme. Une sacrée nouveauté en France.
Catherine Schwaab
