Elle sera jugée le 16 décembre. Pas pour un crime, ni pour une escroquerie. Non, pour fraude fiscale, et tout le cortège des accusations afférentes. C’est-à-dire que si vous êtes accusé de fraude fiscale, vous êtes forcément accusé d’avoir voulu la cacher, cette fraude. Donc fraude « aggravée », « blanchiment » et tous les délits les plus monstrueux. Elle risque 18 mois de prison avec sursis, 250’000 euros d’amende et publication au journal officiel. C’est une façon sournoise de jeter l’opprobre. « Name and Shame », dénoncer et mettre la honte.
Adjani, une citoyenne comme les autres ?
|
|
Contrairement à ce qu’il claironne, le procureur du fisc sait parfaitement qu’Isabelle Adjani n’est pas « une citoyenne comme les autres ». Il sait que son affaire sera très médiatisée, que chacun ira de son avis sur ces riches artistes qui ne paient pas ce qu’ils doivent. Il sait que ces admirables Français qui ont créé Versailles, la cour, les divers titres de noblesse, le clergé, la bourgeoisie, et toute une subtile hiérarchie sociale encore bien vivace aujourd’hui, sans parler d’un somptueux et complexe art de vivre, eh bien ces Français sont perpétuellement tiraillés entre leur amour de la mugnificence et leur obsession du « tous égaux ». Alors qu’ils savent très bien, ces rouspéteurs de mauvaise foi, que non, on n’est pas égaux. Surtout pas à la soixantaine. Ni dans la vie, ni devant l’impôt, ni en termes de gloire et d’anonymat.
Or, Adjani est une star depuis très longtemps. Elle a gagné, oui, les plus gros cachets du cinéma bien qu’il lui soit aussi arrivé de jouer dans des premiers films où elle sacrifiait ses tarifs. Et pendant des années, cette star mondiale a engendré des richesses collatérales que le procureur du fisc ne veut pas voir. Je ne parle pas du box-office et des audiences télé de ses succès, « Camille Claudel », « Adèle H », « La journée de la jupe », « Sous les jupes des filles » et autres « Eté meurtrier ». Je ne parle pas des couvertures de journaux qu’elle a fait vendre pendant 20 ou 30 ans.
Une actrice planétaire, une intelligence qui s’engage
Je parle de son rayonnement artistique. Quelle jeune comédienne, française ou étrangère, ne vous cite pas Adjani en modèle ? Son jeu, sa verve, son style, sa polyvalence qui sait tout incarner, sa fabuleuse cinégénie… Mais en plus, l’actrice représente aussi une certaine idée de la France : une culture mélangée franco-algérienne avec cette beauté brune au regard bleu ; un franc-parler qui s’engage : la mixité en banlieue (elle a grandi à Gennevilliers, a perdu son frère dans les addictions), me-too et la misogynie, les femmes iraniennes. Elle montre une intelligence qui n’a pas peur de déplaire, des raisonnements anticonformistes, et une sincérité surprenante sur sa vie : ses échecs amoureux (Daniel Day Lewis, Jean-Michel Jarre, Stéphane Delajoux…) où elle ne se donne pas le beau rôle ; elle a plus ou moins élevé seule ses deux fils ; et maintenant ses malheurs économiques. Adjani n’accepte pas beaucoup d’interviews mais quand elle dit oui, elle n’est pas langue de bois.
...
