Kessel

Le film « BARBÈS LITTLE ALGÉRIE de Hassan Guerrard Barbès et ses stars, Barbès super star !

Le titre « Barbès Little Algérie », n’aura pas la même résonance chez certains Parisiens, chez les Français, et dans le monde. Mais Barbès, tout le monde en a entendu parler !

« Barbès », ce sont les stations « Barbès Rochechouart » et « Château Rouge » à Paris, un quartier arabo-franco-africain d’une vingtaine de rues qui fonctionne comme un village. Un village un peu rock n roll, et qui fait peur aux habitants du 16ème bourgeois, de St Germain-des-Près ou des Invalides. « Un coupe-gorge ! »

Pas du tout ! Actif 7 jours sur 7, il a ses commerces toujours ouverts même pendant les fêtes ou le Ramadan (surtout pendant le Ramadan !), ses boucheries, ses pâtisseries, ses gargotes, son église, sa mosquée, ses juifs, ses musulmans, ses chrétiens, ses pauvres, ses bobos, ses trafics, ses dragueurs, ses dealeurs, son poste de police, mais quasiment jamais de sang. Voilà pour les ignares qui n’y ont jamais mis les pieds, mais se souviennent peut-être des grands magasins Tati, de merveilleuses galeries farfouille à des prix cassés. Aujourd’hui, on a Guerrisol, des fripes très tendance. Et la belle brasserie Barbès face au métro. Barbès, ça devient branché


Le carrefour Barbès, face au métro, avec la jolie brasserie Barbès, très bon rapport qualité-prix !

Une Algérie parisienne

Quand on y vit comme moi, on saisit immédiatement ce qu’a voulu raconter Hassan Guerrard, le metteur en scène qui connaît le quartier comme sa poche : Barbès c’est Alger comme là-bas. Enfin presque. La liberté en plus. Ambiance canaille, familiarité, blagues hilarantes, entraide et pick-pockets. Tout le monde se connaît, et Hassan connaît tout le monde. Il a souvent aidé à la distribution des paniers repas à l’église St Bernard, importante dans le film. Avec des personnages forts et vrais – incarnés par des acteurs éblouissants – « Barbès Little Algérie » réussit d’une part à vous restituer l’essence, l’humanité de ce quartier parisien attachant, et d’autre part à vous capter par son histoire, ses histoires, un suspens, des séquences hilarantes, son dénouement à la fois tragique et joyeux.


Hassan Guerrard, “Barbès Little Algérie” est son premier film. très réussi.

Tragique et joyeux, c’est Barbès, et c’est aussi Hassan Guerrard. Dans le milieu des journalistes, tout le monde connaît cet attaché de presse au franc-parler abrupt et à la susceptibilité atomique. Beau mec, mince comme un fil, charmeur, fumeur, un sourire lumineux, mais radical, intransigeant, intuitif, il aime ou il déteste, il « sent » ou il « sent pas », il t’envoie bouler ou il se met en quatre pour te donner un coup de pouce. Au feeling. Alors quand on a découvert que Hassan signait un film, on a senti que le truc devait lui ressembler, forcément.  Né à Paris, abandonné par sa mère à 9 ans, il a commencé comme serveur, coursier, les galères... Ses fêlures l’ont façonné, inspiré.

Le film sans fausse note

 Sofiane Zermani, intense, incarne Malek, ici avec son neveu, le craquant Khalil Ben Garbia

Malek, interprété par l’intense Sofiane Zermani, vient de perdre sa mère, il souffre, fâché avec la famille ; pourtant il finit par héberger un neveu, très mignon avec sa bouche de fille, naïf et bien élevé, arrivé du bled, et qui veut continuer ses études à la fac à Paris. De là, on se balade dans les rues, et l’histoire nous emporte grâce à des caractères irrésistibles, entre autres un nommé Préfecture ( « qui te fait tous les papiers »!) incarné par le formidable Khaled Benaïssa. Il y a aussi Hadria – excellente Adila Bendimerad – en patronne de café rayonnant d’autorité douce. Et la très belle Eye Haïdara, apaisante et généreuse. On pourrait les énumérer tous, les pros et les non-professionnels du quartier, si justes, si généreux d’eux-mêmes. Il n’y a pas une fausse note.

 C’est rapide, dense, effervescent, sans indulgence, comme l’auteur.


Au centre Khaled Benaïssa alias “Préfecture” et la “patronne” Adila Bendimerad


Au centre, entre Benaïssa et Bendimerad : Clotilde Courauld et Eye Haïdara

Un scénario à quatre signatures

Il faut préciser que le réalisateur n’a pas travaillé seul : trois scénaristes et cinéastes se sont associés, à commencer par la très réputée Audrey Diwan (« L’évènement »), puis avec Rachid Benzine, un romancier, scénariste et universitaire, puis avec l’auteur et réalisateur Peter Douroundzis. L’ensemble a duré plus de cinq ans. Au final, Guerrard possédait un texte d’une précision horlogère, c’est le secret de ses séquences percutantes.

Bref, il faut aller voir ce film sensible. Pas seulement pour connaître « Barbès Rochechouart » de l’intérieur mais aussi pour être bouleversé par l’histoire, très réaliste, et se réconcilier avec le genre humain.

Catherine Schwaab


La rue de la Goutte d’Or à Barbès se situe au pied du Sacré Coeur (au fond) à Montmartre.

DANS L'OEIL DE CATHERINE SCHWAAB

Par Catherine Schwaab

JOURNALISTE MULTI CARTE Paris Match

Fashion Mode d’emploi (Flammarion)

Sciences Po - HEI Genève

Théâtre. Expos. Sorties. Restos. Toutes les tendances.

Les derniers articles publiés

En Iran, les tueries continuent

par Catherine Schwaab   ⋅  07/11/2025 3 min

Ne nous laissons pas abuser par les vidéos de filles qui chantent, sans voile. La machine étatique est de plus en plus sanguinaire. Les exécutions se multiplient. Un jeune opposant vient d’être assassiné par les bassijis. Un de plus.

Ce que « La Femme la plus riche du monde » dit des Français

par Catherine Schwaab   ⋅  30/10/2025 1 min

Gros démarrage commercial pour le film avec Isabelle Huppert et Laurent Lafitte sur l’affaire Bettencourt. Les auteurs Thierry Klifa, Cédric Anger et Jacques Fieschi en ont fait une superbe, hilarante peinture française. Et un irrésistible cliché marketing pour la France.

Zize, un homme comme vous et moi

par Catherine Schwaab   ⋅  24/10/2025 3 min

Son show « Irrezizetible » transporte à Paris la truculence marseillaise. Avec le rire bon enfant et la gauloiserie provençale, l’acteur réunit tout le monde. Mais qui est ce gay qui fut l’ex-mari de Coccinelle ?

Violences yankies, pertes de valeurs, fossé des générations : sur scène, on déballe tout

par Catherine Schwaab   ⋅  16/10/2025 2 min

Des pièces de théâtre très actuelles discutent de nos interrogations. Profitez des vacances pour aller voir du spectacle vivant qui nous parle d'aujourd'hui. Vous en sortirez plus émus qu’après un show sur écran.

La décennie de l’anti-jupe

par Catherine Schwaab   ⋅  13/10/2025 2 min

Les années 2020-2030 seront-elles les années qui banniront la jupe, trop féminine ? Trop aguicheuse ? Années puritaines, années extrêmistes ?

Nos mères, nos fils… et le féminisme

par Catherine Schwaab   ⋅  06/10/2025 2 min

Dans de très petits théâtres à Paris, des spectacles font réfléchir aux rôles alloués aux femmes par ces messieurs.

Aimer Johnny

par Catherine Schwaab   ⋅  02/10/2025 2 min

Un seul en scène raconte et décortique la groupie-mania autour de Johnny Hallyday, mort en 2017. L’auteur-acteur Guillaume Marquet n’est pas un fan, il est un ethnologue empathique du phénomène. En sommes-nous exclus ?

Les Américains viennent se réconforter chez nous

par Catherine Schwaab   ⋅  25/09/2025 2 min

Essayez de dialoguer dans la rue, les musées avec les innombrables touristes americains en France : ils fuient Trump, viennent chez nous se remonter le moral. Et apprendre à gueuler, se révolter.

Un rendez-vous galant ? « Je ne sais pas quoi lui dire... »

par Catherine Schwaab   ⋅  18/09/2025 2 min

Les sites de rencontres, ça lasse. Pour enrayer cette « dating fatigue », Meetic vend un coffret qui n’a rien de virtuel pour réapprendre à se parler « en vrai ». On en est là ? Misère !  

Mouglalis dans la peau d’Ovidie Les hommes en prennent un coup

par Catherine Schwaab   ⋅  12/09/2025 2 min

Seule en scène, Anna Mouglalis explose d’une colère froide, d’un désespoir furieux contre l’hétérosexualité. Un choc. Le texte est impitoyable, beau, pur, parfois cru, l’actrice : très forte, impeccable. Une oeuvre courageuse et puissante, de salut public.