A quoi peut bien servir une enquête sur la sexualité des Français ? A mieux éduquer nos enfants ? A ouvrir de nouveaux marchés ? A se soigner ? A se rassurer parce que, bon, je suis dans la norme ?... Oui, concrètement, ça sert à ajuster nos discours, à prendre conscience d’une demande, d’un souci, d’une curiosité. Ces temps-ci, ce sont des institutions étatiques très officielles, l’INSE et l’ANRS-maladies-infectieuses-émergentes qui publient les résultats d’enquêtes menées pendant 5 ans sur plus de 30'000 Français. Un gros boulot.
Affronter ses pudeurs pour répondre
Le sujet n’est pas anodin. Il exige un certain doigté dans l’interview. En direct ou par écrit, il faut obliger l’interrogé (e ) à affronter ses pudeurs. Le questionnaire a beau être anonyme, les résultats, platement chiffrés, l’indiscrétion est la règle : combien de « partenaires » sexuels ? quelles pratiques ? masturbation ? fellation ? sexe anal ? explorations homosexuelles ? mais encore : problèmes érectiles, orgasme, âge, satisfaction… Quand on y pense, écrire noir sur blanc ces secrets d’alcôves, ça n’est pas évident. Il ne s’agit pas de répondre à combien je mange de sucreries ou de légumes frais, combien d’heures de sport, quels films je regarde… Un questionnaire sexuel - si tu joues le jeu - c’est un sérum de vérité. En donnant tes chiffres, tes vérités, tes appréciations, tu te révèles à toi-même. Fier (e ) de moi ? Ou pas content (e ) ? L’impression qu’on en retire nous réjouit-elle ? Et une fois les résultats publiés, évidemment, on se compare à « l’échantillon représentatif ». Alors que souhaite-t-on ? D’être dans le haut du panier ? de ceux qui baisent beaucoup et de toutes les manières ? Ou des retardataires ? Voire des abstinents ?
Les bons baiseurs sont-ils bons votants ?
Mine de rien, un questionnaire national sur la sexualité vous donne un baromètre bien plus large que juste des infos intimes. Ses résultats ont des implications sociologiques. Pas seulement sanitaires. Politiques, peut-être. Un peuple qui se sent épanoui sexuellement, sensuellement, érotiquement vote-t-il mieux ? Se sent-il plus engagé dans ce monde ? Par exemple, les pays scandinaves ont la réputation d’être libres sexuellement, ouverts, directs. Ca n’empêche pas le racisme et la violence mais au moins ces questions sont pointées, abordées, sondées, publiées, discutées. Ceci explique-t-il cela ? Le degré d’aisance sexuelle semble directement connecté au degré de démocratie.
Chez les intégristes : terreur et sexualité malade
A l’inverse, le premier réflexe d’une dictature c’est d’interdire les sondages – ou de les trafiquer. L’Iran, La Russie, la Chine… Mais un sondage sur le sexe… Dans un pays gouverné par l’islam, où le corps des femmes est caché, interdit, culpabilisant, on comprend pourquoi une fille qui défile en culotte et soutien-gorge comme à Téhéran risque la peine de mort. Pourquoi autour d’elle, la foule est comme tétanisée. Il n’y a personne pour aller vers elle, lui donner sa veste, son « mantô », son voile. La terreur règne devant cette demi-nudité.
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Comment se porte la sexualité des citoyens (-yennes) d’un pays aussi prohibitif ? On sait que la transgression fait partie du vocabulaire de la jouissance. Mais quand casser un tabou peut tuer, comment développe-t-on une sexualité tranquille ? Eduqué ou pas, libéré ou pas, religieux ou pas, impossible de ne pas être affecté par les mortels interdits. A cause de son islam rigoriste, une nation entière est malade dans sa sexualité.
Alors oui, ce sondage sur la sexualité des Français fournit une information précieuse sur beaucoup de choses : d’abord sur notre capacité à verbaliser l’intime. Puis sur la plénitude et les frustrations, le bien-être et le mal-être, la liberté d’être soi. En Iran, ce genre de sondage pourrait déclencher une révolution.
Catherine Schwaab
