Encore un French Lover qui fait des siennes. Laurent Freixe, un des grands patrons de Nestlé qui, depuis plus de quinze ans, faisait appliquer la religion maison – « le profit, le profit, le profit » - se retrouve bêtement pris au piège de ses pulsions. Tombé en amour, comme on dit au Québec. Avec une collègue, ça ne se fait pas. Mais… c’est peut-être cette romance qui lui a donné des ailes pour faire décoller le géant Nestlé sur tout le continent américain, après avoir réussi à renforcer son marché européen. Nestlé se débarrasse d’une pépite.
Le Français avait-il des ennemis ? Des jaloux ? Est-ce une vengeance du mari cocu qui se serait saisi de cette règle d’austérité sexuelle pour faire virer l’amant ? Drôle de principe d’entreprise aux yeux des Français : pas de sexe avec les collègues ? Est-ce de l’ingéniérie hormonale ? orienter les désirs sexuels sur la performance économique ? Comme les athlètes qui n’ont pas le droit de faire l’amour juste avant une compétition. Il paraît que les effets de cette frustration sont discutables.
Chez BP, chez Mac-Do aussi
N'empêche, d’autres boîtes américaines pratiquent l’abstinence au travail : en 2023, c'était Bernard Looney, directeur général de BP, la major du pétrole, qui avait démissionné, pour « dissimulation de relations personnelles » avec plusieurs collègues. Pareil chez Mac Do : en 2019, Steve Easterbrook a dû quitter la multinationale de fast food suite à des relations « consenties mais contraires aux règles de l’entreprise » avec plusieurs salariées. Et je ne parle pas du récent incident vidéo au concert de Coldplay : le cadre d’Astronomer a dû partir. Puritanisme et hypocrisie car, rappelons-le, les Américains votent pour un Donald Trump qui ne s’est jamais posé ce genre d’interdits.
Il n’a pas l’air, comme ça, mais c’est un bourreau des coeurs.
Revenons à ce pauvre Laurent (Freixe). Nestlé lui inflige un sacré châtiment : le directeur au sex-appeal ravageur est viré sans indemnités. Marié (avec une ex de Nestlé, une Polonaise qu’il avait draguée en Hongrie), père de deux enfants, il a fauté devant Dieu et devant Nestlé. Sa maîtresse, une cadre marketing turque, a quitté l’entreprise. Vont-ils refaire leur vie au loin, afficher leur amour au grand jour, maintenant que tout est révélé ? Vivre d’amour et d’eau fraîche ?
Espionné en douce
Il paraît que la découverte du pot aux roses amoureux découle d’une double enquête. En clair : des collaborateurs ont pointé des manquements et déclenché un espionnage en douce, histoire de « constituer un dossier » comme on dit aux Prudhommes. Le Français faisait-il la tournée des grands ducs avec sa chef marketing aux frais de la princesse ? L’amour crée de ces audaces. C’est l’euphorie de l’entente, un bien-être qu’aucun chocolat Nestlé ne pourra jamais égaler. Le couple s’est pris pour George et Amal. L’amour et les palaces. What else ?
Réfléchissons deux secondes : comment Nestlé le Cyclope de l’industrie pourrait-il sérieusement interdire les amours internes ne serait-ce que dans ses rangs directoriaux ? L’application à la lettre d’une telle « règle » reviendrait à virer 100, 1000, 10000 directeurs ! Nestlé joue les protestants calvinistes, mais franchement, cette société impitoyable n’est guère tenaillée par la morale, vu les fraudes qui lui sont imputées. En 2025 : mensonges sur les eaux minérales ; en 2024 : pollution des nappes phréatiques (forages illégaux, et… seulement 2 millions d’amende), etc…
En fait, ce règlement, c’est du marketing – « On est irréprochables » - Et c’est une porte de sortie confortable pour virer les gens sans indemnité. Sans affects, sans scrupules.
N'empêche… Laurent Freixe est français. Est-ce bon ou mauvais pour notre réputation ? On va encore nous traiter d’irresponsables…. Mais reconnaître que les Français désobéissants et immatures sont plus heureux que les Suisses, que les Américains, non ?
Et pour transformer l’outrage sur son CV, Freixe pourrait se recycler chez Meetic.
Catherine Schwaab
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